L’Institut de Recherche Technologique Jules Verne à Nantes travaille régulièrement avec des acteurs suédois, notamment l’Institut de Recherche RISE basé à Göteborg, ou encore l’Université West (Högskolan Väst) à Trollhättan. La Suède figure dans le top 10 des pays partenaires avec lequel l’IRT Jules Verne a le plus de projets en cours. Découvrez ci-dessous notre entretien avec Marie Weiss, Responsable des programmes européens à l’IRT Jules Verne. 

Quelles sont les activités de recherche de l’IRT Jules Verne ?

L’IRT Jules Verne existe depuis 2012 et est membre de l’Association FIT (French Institutes of Technologies) qui rassemble 16 instituts[1], créés dans le cadre du « Programme Investissements d’Avenir »[2]. Nous sommes un centre de recherche doté de financements publics-privés qui regroupe 135 collaborateurs. Nos recherches portent sur l’usine du futur : nos sujets vont donc de la robotique à l’impression 3D en passant par les matériaux innovants. Nous travaillons aussi sur des thématiques transverses telles que la simulation des procédés et la caractérisation. Nos champs d’action sont corrélés aux industries phares de la région Pays de La Loire : notre expertise impacte plusieurs filières comme la filière navale, avec les chantiers de paquebots en partenariat avec les Chantiers de l’Atlantique ou pour des applications militaires avec Naval Group, ou encore la filière aéronautique en partenariat avec Airbus, qui a des usines à Nantes et à Saint-Nazaire. Cependant, notre expertise ne se limite pas à cela, puisque nous avons aussi plusieurs projets de recherche liés au transport routier, à la santé, et aux énergies marines renouvelables telles que l’éolien offshore ou l’hydrolien.

A la différence d’un centre de recherche fondamental, nous travaillons sur des TRL (Technology Readiness Level) plus élevés, donc plus proches des attentes du marché. Les TRL indiquent le niveau de maturité technologique d’un produit ou d’un procédé ; TRL 0 correspondant à une ébauche ou une idée fondamentale et TRL 9 à un produit qui est prêt à être commercialisé. En travaillant sur des TRL élevés, notre objectif est donc de transférer des technologies vers le monde industriel.

Nos travaux s’articulent autour de 3 grandes activités : les projets de R&D encadrés dans le cadre du  « Programme  Investissements d’Avenir », des projets européens mis en œuvre dans le cadre de programmes cadres européens comme Horizon 2020 ou encore des prestations de recherche.

Pouvez-vous nous donner un exemple de projet phare de l’IRT Jules Verne ?

Je peux citer le projet de recherche WING pour lequel l’IRT Jules Verne développe des matériaux et des procédés pour fabriquer des avions plus rapidement, moins chers, plus légers et plus respectueux de l’environnement. Ce projet de recherche est un projet de 48 mois d’un montant global de 5,5 millions d’euros. Ce projet est financé à hauteur de 50% par les membres industriels qui participent au projet à savoir : Airbus, Loiretech et Fives. Dans le cadre de ce projet, Airbus intervient en tant de spécificateur du besoin. Loiretech est une PME nantaise à dimension internationale qui construit des outillages, des moules performants qui vont permettre de fabriquer les pièces à la bonne géométrie et Fives Machining est un grand industriel français qui fabrique entre autres des machines industrielles de haute précision. Quant à l’IRT Jules Verne, il est l’ « architecte technologique » du projet : il construit des démonstrateurs à échelle réduite ou grandeur réelle pour valider la technologie et répondre aux besoins des industriels.

Nous avons pour vocation de faire du transfert technologique, c’est-à-dire d’utiliser ce qui a été appris et développer ici dans le projet Wing, en aéronautique, pour aller plus loin dans d’autres filières, moins automatisées aujourd’hui, comme les éoliennes off-shore ou le naval. On vient d’ailleurs d’obtenir un nouveau projet européen dans le domaine des hydroliennes, qui va réutiliser cet équipement et les compétences développées dans ce même projet.

Vous travaillez sur de nombreux projets européens. Avez-vous des projets en collaboration avec des partenaires suédois ?

En effet, nous travaillons avec la Suède sur le projet européen INTEGRADDE, coordonné par le centre technologique espagnol AIMEN, et qui regroupe 26 partenaires pour un budget de 17 millions d’euros sur 48 mois. Ce projet vise à déployer des lignes pilotes industrielles en impression 3D métallique, aussi appelé fabrication additive métallique. Cinq lignes pilotes sont développées simultanément en Europe, dont une à Nantes sur laquelle nous travaillons avec l’entreprise Loiretech et l’Université West en Suède. L’IRT Jules Verne est en charge de la simulation du procédé de fabrication additive : grâce à des logiciels de calcul sur ordinateur, nous sommes capables de créer virtuellement le procédé pour prédire les comportements de la machine et de la pièce en fabrication et anticiper les défauts potentiels. Nous travaillons en partenariat avec l’Université West où nous apportons chacun notre expertise en simulation sur une partie du procédé pour ensuite produire des résultats communs.

Nous travaillons aussi sur le projet européen RAMSSES, dont l’objectif est de concevoir les navires du futur. Les 32 partenaires du projet sont impliqués sur différents cas d’application comme les vitres, les hélices ou encore la pollution. L’IRT Jules Verne, en lien avec les Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire, développe la conception d’une nouvelle cabine pour passagers. Aujourd’hui, les cabines sont posées sur des planchers qui constituent une partie structurelle de la charpente du navire et l’idée est de développer des cabines structurelles en matériaux composites pour avoir plus de flexibilité dans l’architecture, gagner de l’espace entre les ponts et être plus léger. Le rôle de l’IRT Jules Verne est d’accompagner les Chantiers de l’Atlantique pour imaginer un design novateur, et valider la tenue structurelle de la cabine et de ses composants au travers d’essais réalisés sur notre banc de fatigue multi-vérins. Ce banc permettra d’appliquer des efforts réels sur la cabine pendant sa vie utile, en statique et en fatigue, de façon à valider la tenue mécanique et la sécurité de ces cabines du futur. On retrouve dans ce projet, plusieurs acteurs suédois, dont l’institut de recherche RISE, avec qui nous partageons des thématiques communes et qui est un partenaire privilégié lors des montages de dossiers pour les appels à projets européens. La Suède est d’ailleurs dans le top 10 des pays partenaires avec lequel l’IRT Jules Verne a le plus de projets en cours.

 

Pour plus d’informations sur les projets cités:

WING : https://www.irt-jules-verne.fr/en/projets/wing-2/

https://www.compositesworld.com/news/irt-jules-verne-airbus-and-fives-launch-madras-automated-textile-deposition-line-for-wing-project

INTEGRADDE : https://www.youtube.com/channel/UCBVF-FRZBSHhrATdJivjZww

RAMSSES : https://www.linkedin.com/showcase/ramsses-project/

 

[1] Il y a 8 IRT (Instituts de Recherche Technologique) en France et 8 ITE (Instituts vers la Transition Energétique). En savoir plus ici : https://www.french-institutes-technology.fr/

[2] Pour plus d’information sur ce programme : https://www.gouvernement.fr/le-programme-d-investissements-d-avenir